Politique et écologie : Le désarroi des élites

Les vieux clivages et les vieilles grilles d'analyses ne conviennent plus pour comprendre notre monde.

1. L'inventaire du désastre

Vu aujourd'hui une affiche du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) de Besancenot  dont je résume le propos : "A bas le capitalisme vert, vive l'écosocialisme!"  Mon commentaire : l'écologie, en prenant une place de plus en plus importante dans le débat public, gêne les clivages manichéens d'antan. Il suffit donc de couper l'écologie en bon et méchant et on retrouve nos rassurantes certitudes !

Le parti socialiste, après avoir retrouvé des couleurs, nous prépare son projet politique. On peux être inquiet en lisant ce billet de Pierre Moscovici sur son blog: la solution à nos problèmes? La croissance, bien sûr!  Comme si il suffisait de la décider, sans analyser pourquoi nous en avons  de moins en moins depuis 30 ans! Car, elle ne se décrète pas, la croissance, et même si l'emprunt a pu être un des outils de ce miracle, est-on bien sûr que cela suffise à la déclencher?

Le désarroi, on le trouve aussi, bien entendu, du côté de l'UMP. Ses déconfitures peuvent se lire dans l'échec d'un projet de société qui prétendait réformer la société française par la libéralisation économique. Or, la crise est toujours là. 

Les experts sont bien embêtés : ceux qui ont préconisé la libéralisation ont échoué, mais ceux qui ont vanté la relance par la demande dix ans auparavant n'ont pas réussi non plus. Les vieux débats du XXéme siècle sont morts.

Et puis, "les français sont des veaux", comme disait le général De Gaulle: Ils votent pour le Front National. Les politologues sont désemparés : la montée semble irrésistible et on ne comprend pas pourquoi le pays des droits de l'homme devient  le berceau de cette montée d'un parti d'extrême-droite.



2. La méconnaissance de la population française

Depuis plus de 10 ans, les experts en politique française en sont convaincus : les français, les classes populaires françaises votent Front National à cause de la violence et de l'insécurité, parce qu'ils sont racistes et n'aiment pas les arabes et les étrangers. Il suffit donc de leur raconter l'insécurité à longueur de JT et de les rassurer sur la politique musclée de la France en ce domaine pour gagner leur suffrage. Avec leur sondage creux, aux questions fermés et orientés, les politologues ont renforcé cette impression.

Mais qui a pris la peine de rentrer dans leur lieu de vie, de s'arrêter et d'avoir, avec eux, une vraie conversation? Qui a discuté avec ces français des banlieues, à part ces radio-trottoirs aux questions fermées et téléguidées? Ces poignées de mains sur les marchés?

J'ai la chance de travailler depuis vingt ans dans les quartiers nord de Marseille, de recevoir dans mon bureau, tous les jours, des familles issues de ces quartiers populaires, de converser avec eux, dans une population qui vote Front National à plus de 35 % depuis des années. Ma conviction est toute différente.

Le racisme? La peur de la violence? Bien entendu, cela existe. Mais, cela reste secondaire. Le vrai problème de ces populations s'appelle l'insécurité. Mais il ne s'agit pas de l'insécurité liée à la violence dont on nous rabat les oreilles. Non, cette insécurité concerne la peur de l'avenir, pour soi et pour ses proches. Cette insécurité est celle de l'emploi perdu ou menacé, ce travail qui socialise et fait de vous un membre à part entière de la société

Les "gens" des classes populaires, dans leur grande majorité, ne sont pas simplistes, ils ont Internet et analysent l'évolution du monde avec davantage de discernement que l'imaginent nos experts. Les valeurs de la République? L'école a bien fait son travail, ils les connaissent et les respectent. Mais le délitement de la société est à la mesure de leur désespérance et de leurs difficultés: le coeur de leur espoir et de leur dés(espoir) tient en trois mots : emploiemploiemploi.

Et c'est pour cela, parce que ni les socialistes, ni Sarkozy, n'ont su régler le problème, c'est pour cela qu'ils votent FN.

3. Sur quels axes faut-il travailler?

Depuis 10 ans, les politiques se sont trompées : ils ont considérés l'emploi comme un problème parmi d'autres. En réalité, aujourd'hui, le travail est devenu, pour les français, la seule difficulté, celle qui englobe tous les autres.

Mais comment agir? Par la croissance, bien entendu! Et on nous ressort les vieilles recettes, celle de la relance ou celle de la liberté économique, celle de l'emprunt salvateur comme celle de la réduction des déficits. 

La croissance, telle que nous l'entendons, ne reviendra plus et il nous faut inventer autre chose. Il faut aller chercher, dans l'économie verte, dans les relocalisations et dans une économie qui consomme moins de matières premières, les leviers nécessaires pour construire une autre économie. Les historiens qui se sont penchés sur les différentes révolutions industrielles ou économiques décrivent un cercle vertueux complexe où des mécanismes diversifiés se conjugent : un saut technologique, une nouvelle organisation sociétale, une mutation culturelle, la création d'une demande, un Etat volontariste menant des politiques publiques appropriées.

Il faut trouver les innovations techniques, sociales et politiques qui formeront le cocktail permettant de trouver ce cercle vertueux. Maximilien Rouer, spécialiste des relations entre le développement durable et les entreprises a l'habitude de rencontrer des patrons sceptiques qui lui expliquent qu'ils n'ont pas les moyens d'investir dans une démarche de développement durable. Il leur répond toujours : si le baril de pétrole atteint 300 dollars, combien de temps votre entreprise peut-elle tenir? 

Cette question vaut aussi pour notre personnel politique : vous hésitez entre relance par l'emprunt ou rigueur budgétaire? Mais que vaudra votre politique quand le baril de pétrole sera à 300 dollars? Elle ne vaudra de toute façon rien parce que vous n'aurez pas anticipé  les évolutions inévitables à venir!

Le désarroi de nos élites s'expliquent parce qu'ils continuent à utiliser des schémas culturelles du passé, ceux où les ressources étaient abondantes et  où les espaces étaient nombreux et accessibles. Le monde a changé et nos élites ne se sont pas encore adaptées. Espérons qu'ils sauront réagir assez tôt !   [ http://www.fiscalite-environnementale.net ]