www.rencontres-montblanc.coop | La planète n’y arrivera pas si on ne change pas de modèle ! |
| Auteurs : Louis Favreau (Université du Québec en Outaouais), Mario Hébert (Fondaction), Gérard boismenu (Université de Montréal), Jane Jenson (Université de Montréal) et Jacques Weber (CIRAD). Membres consultés : Alain D’Iribarne (Maison des Sciences de l’Homme), Ed Mayo (Cooperatives UK), Ignacy Sachs (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales), Assane Diop (ILO), Charlotte HESS (Syracuse University), Emilio de la Rovere (Federal University of Rio de Janeiro), Tulio Garcia (AQ’AB’AL’), Abdou Salam Fall (Fundamental Institute of Black Africa), Yasy Morales (Cokomal), Frédéric Sultan (Association Vecam), Jean Fabre (Consultant international), Hanada Manasori (Kumagaku University), Denison Jayasooria (Université de Malaisie). Avec la contribution de : Isabel Tremblay-Dion et Marie-Claire Major (Université de Montréal), Claire Jeantet (Etudiante), Anne-Marie Wioland (RMB) et Hélène Croce (Euresa). |
![]() | Le Forum international des dirigeants de l’économie sociale, intitulé Les Rencontres du Mont-Blanc, franchit en cette fin 2011 deux étapes importantes. Le renforcement de son association qui doit, plus encore qu’avant, s’élargir à des décideurs de l’économie sociale de tous les continents, toutes les activités, toutes les familles coopératives, mutualistes, associatives et des fondations. Parallèlement, l’élaboration et la mise en discussion du présent document d’orientation dont la version finale sera adressée à tous les chefs d’Etat qui participeront au sommet de Rio 2012 sur le développement durable. Avec cette volonté de démontrer que l’économie sociale est une réponse aux crises mondiales de caractère autres : social, alimentaire, environnementalt et climatique , comme économique et financier. | ||
| Plus encore, qu’elle constitue un modèle innovant de développement soutenable et intégratif donc durable. Un modèle qui déjà «réussit» sur le terrain, d’un bout à l’autre du globe. Thierry Jeantet Jean-Philippe Poulnot Président Vice-président Gérald Larose, Paul Ouellet Administrateur Administrateur Dominique Thys Administrateur Les valeurs et champs d’intervention de l’économie sociale sont : une gouvernance démocratique, une propriété à la fois privée et collective, le social et la solidarité au coeur des projets, le respect de l’environnement. Elles sont autant de «règles», de «références» conduisant à une économie et, au-delà, à une mondialisation plus humaines. |
![]() http://www.touscandidats2012.fr | Pour une économie au service de la
société Elles transforment
de l’intérieur l’économie dominante du fait même qu’elles cohabitent
activement avec les entreprises du secteur privé, qu’elles
concurrencent au besoin, ainsi qu’avec celles du secteur public
qu’elles côtoient. Elles forgent des alliances durables ou temporaires
avec d’autres acteurs économiques et sociaux dans une perspective de
développement économique et social soutenable. C’est ce qui permet de
penser que l’ESS peut être très activement partie prenante à une
stratégie de dépassement du modèle actuel de développement. Depuis 20
ans, le paysage économique, écologique et social s’est profondément
transformé sous le coup de grandes transitions économiques, politiques,
sociales et environnementales planétaires, se traduisant par un
durcissement du système capitaliste, au détriment des salariés et de
l’environnement. Des réponses à ces transitions ont alors surgi: nous
avons assisté à l’explosion d’initiatives économiques alternatives un
peu partout dans le monde; à la transformation des grandes
organisations nées ou reconstituées dans l’après-guerre (mouvements
syndicaux, mouvements des agriculteurs, mouvements coopératifs); à
l’émergence de nouveaux réseaux ou de nouvelles organisations (ONG,
mouvements de la consommation responsable, commerce équitable, réseaux
de développement local, réseaux de finance solidaire et
communautaire…). Comment réinventer l’économie, au Nord comme au Sud, et
l’orienter vers un type de société qui entend respecter les équilibres
écologiques et,en même temps, être porteuse de justice économique et
sociale ? C’est la question centrale de ce document de travail à la
veille de Rio 2012 : comment développer une économie plus démocratique,
plus écologique et plus solidaire. Le document discute cette
proposition en mettant de l’avant la contribution de l’économie sociale
et solidaire (ESS). Les initiatives de l’ESS, dans toutes ses familles d’entreprises et d’organisations collectives, que ce soit les coopératives, les mutuelles, associations ou fondations, se distinguent par plusieurs aspects tant au plan économique que social. Elles développent des structures de production solidaires : leur propriété est privée mais collective plutôt que fondée sur l’actionnariat, dont on connaît, en cas de cotation, la volatilité. Elles sont constituées de différentes organisations fédératives de représentation politique travaillant à faire mouvement (principe de l’intercoopération). Elles s’inscrivent dans l’économie de nos sociétés avec leur identité propre (concilier viabilité économique et justice sociale ). |
![]() | À cela s’ajoute la montée de l’internationalisation de
l’action collective à travers l’expérience des Forums sociaux mondiaux
et d’autres formes d’organisation qui sont encore à la recherche d’une
représentation politique citoyenne transnationale répondant mieux aux
nouveaux défis. Les Rencontres du Mont-Blanc (RMB), en tant que Forum
international de dirigeants de l’économie sociale participent depuis
2004 de cette démarche générale de constituer de nouvelles voies de
solutions planétaires. Dans ce nouveau contexte, il est devenu essentiel de penser que l’ESS d’aujourd’hui est mieux outillée pour
participer au renouvellement et à la transformation des orientations et
des stratégies de développement aux différentes échelles (nationale,
continentale, internationale). D’abord, de plus en plus
d’organisations, de mouvements et d’institutions reconnaissent que la
crise de 2008, prolongée par celle de 2011, et la montée en force du
capitalisme boursier et financier qui l’a provoquée, font en sorte
qu’il n’est presque plus possible de concilier un tant soit peu -comme
dans la période des 30 glorieuses par exemple – l’économie dominante et
un minimum d’équité. Il est également de plus en plus clair que l’on ne
peut concilier cette économie dominante avec la survie de la planète,
compte tenu des exigences de rentabilité financière et des
Des dirigeants d’organisations coopératives et mutualistes, comme ceux de l’Alliance coopérative internationale (ACI), des dirigeants de plusieurs réseaux sectoriels comme le Réseau européen des coopératives de travail, des dirigeants d’organisations syndicales nationales et internationales, des experts de nombreuses institutions internationales (PNUE, PNUD, FAO, OMS, OIT, Unesco…), des entrepreneurs et des acteurs sociaux (syndicats, associations citoyennes), sans compter un nombre impressionnant de chercheurs en sciences économiques et sociales d’horizons très divers (universités, instituts de recherche indépendants…) soulignent tous à leur manière les limites et les aspects pernicieux de l’actuel modèle de développement. Ils se questionnent tous sur la transformation d’ensemble du modèle dominant de développement et non plus seulement sur l’un ou l’autre de ses aspects, prônant les vertus d’une pluralité constitutive des activités économiques et sociales. C’est Felice Scalvini de l’Alliance coopérative internationale (ACI) qui résume bien une des dimensions importantes de la question : il faut « revenir au développement d'une pluralité de formes entrepreneuriales car la prévalence d'une forme unique d'entreprise assèche les sources dont elle tirait sa propre subsistance, de la même manière que les monocultures épuisent les sols sur lesquels elles poussaient » (Québec, 2010). |
![]() http://www.touscandidats2012.fr | Il ressort généralement de ces écrits et témoignages, notamment
de ceux qui sont issus de la réflexion économique de la mouvance de
l’ESS, quatre idées maîtresses : Il faut se défaire de la pensée économique qui mise exclusivement sur une croissance économique et financière sans s’occuper de développement humain et sur la seule initiative privée pour réguler la société. Il en découle la nécessité d’investir dans la démocratisation et la socialisation de l’économie. Il faut déjà rééquilibrer les rapports de pouvoirs entre apporteurs de travail, de capitaux et aussi les utilisations de biens et services. C’est le premier axe d’un projet de société convoqué par l’ESS, lequel mise d’une part sur l’intervention énergique des États et des institutions internationales pour de nouvelles régulations et, d’autre part, sur un vigoureux pôle économique d’entreprises sous contrôle démocratique permettant de se défaire de la pression (ou de la dictature) des actionnaires, de la spéculation financière et des paradis fiscaux. De ce fait, la question sociale est au coeur d’une démarche économique efficace. Il faut renforcer la maîtrise collective et internationale des modèles de développement, afin de lutter contre le réchauffement de la planète et contrer l’affaiblissement de sa biodiversité. C’est un autre grand axe de transformation. En d’autres termes, il y a devoir de répondre à l’urgence écologique. Il ne faut pas laisser se privatiser des ressources considérées d’intérêt commun comme les secteurs sociaux stratégiques de la santé, de l’éducation ou de la culture, de même que les ressources que sont la terre, l’eau, les sources d’énergie, les forêts, et les ressources immatérielles que sont la connaissance, Internet, les cultures, etc. Ce qui constitue un 3e grand axe, celui du renouvellement de l’État, de ses politiques économiques, sociales et environnementales et celui de l’économie sociale et solidaire qui propose de gérer démocratiquement des biens communs sans volonté de dégager des « superprofits ». Il faut accentuer la solidarité internationale à tous les niveaux, tout particulièrement en matière de coopération Nord-Sud, dans un contexte d’interdépendance accrue où les urgences les plus fortes ne trouvent une réponse déterminante qu’à l’échelle territoriale et locale, appuyée par des soutiens régionaux. On peut retenir les leçons suivantes de ces travaux et témoignages : |
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Mais en même temps,
aucune organisation ne peut prétendre, à l’heure actuelle, avoir une
réponse globale satisfaisante. La plupart des acteurs engagés dans les
défis actuels de la planète conviennent du caractère inédit de la
situation globale, mais aussi de la phase exploratoire de la recherche
d’alternatives globales. Rares sont les pistes qui font aujourd’hui
l’unanimité. Rio 2012 arrive à point nommé avec ses objectifs d’une économie sociale autant que verte dans le contexte d’une lutte à mener pour éradiquer la pauvreté. Avec sa longue trajectoire historique marquée de réussites convaincantes, en dépit de certains déboires ainsi que sa présence dans toutes les économies de la planète, l’ESS va encore plus loin et a des choses à dire sur le triple registre d’intervention qui est le sien :
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