J'en
tire deux conclusions. La première est que nous devons rester humbles
dans les négociations internationales, et venir avec des ébauches de
solutions et une volonté de partage d'expériences. La seconde, c'est
qu'il n'y a pas un sujet écologique, fardeau ou préoccupation de plus
pour des
économies en
crise, mais au contraire que la transition des vingt prochaines années passe par un changement de paradigme économique. La
crise financière nous incite à repenser notre modèle, via des
innovations technologiques et sociétales adaptées.
Rio+20 peut,
doit et va nous aider à faire émerger et développer des modèles plus
sereins, à condition de nous y préparer dès aujourd'hui à l'échelle de
la France. La question se pose notamment avec la réforme de la PAC et
les outils territoriaux.
Alimentation et choix agricoles, stratégie énergétique,
pollutions...
les sujets ne manquent pas où la préparation de Rio imprègne très
fortement nos débats du premier semestre 2012. À l'échelle
internationale, l'urgence
financière ne doit pas nous faire occulter la nécessité d'une
coopération
accrue, concrète notamment, pour apporter une solution à l'extrême
pauvreté. Nous sommes capables de mettre en oeuvre l'accès universel à
une
énergie propre et durable, mais aussi la sécurité alimentaire via le nexus
eau-
énergie-
agriculture.
C'est pourquoi je souhaite qu'à
Rio
la France contribue à sceller un plan d'action global chiffré répondant
aux trois questions clés : Qui ? Quand ? Comment ? Seuls des
engagements contraignants sauront traduire notre volonté d'agir,
au-delà des discours. Nous devons tenter d'obtenir un registre
d'engagements, annexé à la déclaration finale, prônant le partage des
tâches, l'objectif de résultat et le plan de
financement. Pour que cela fasse sens, il faudra se doter d'un levier d'action coercitif, à même de matérialiser une sanction rapide,
financière et juridique, vis-à-vis des
acteurs
de dommages écologiques majeurs. 2011 a malheureusement montré
l'urgence de pallier les catastrophes industrielles en privilégiant
enfin la sûreté à la rentabilité. Une intégration en amont des coûts
directs et indirects (d'assurance notamment) liés au risque aurait
permis d'éviter les catastrophes du golfe du Mexique, de Fukushima ou
encore d'Ajka. Sûreté, risque, vulnérabilité et résilience sont des
mots qui ont autant de sens à l'échelle locale que planétaire.
Développons en France une acculturation et une maturité sur ces sujets
avec tous les
acteurs politiques, mais aussi économiques...
Devant le sentiment d'impuissance laissé par Durban, il est urgent que l'
Europe
et la France arrivent de manière préparée et ambitieuse à Rio+20. Il
nous reste six mois pour avancer, en mettant en avant l'action des
territoires et en proposant des mesures nationales, européennes et
internationales à la hauteur des enjeux. Il est nécessaire, et plus que
jamais au vu des résultats de Durban, de fixer des objectifs à horizon
2025. Mais ceux-ci ne prendront tout leur sens que par un plan d'action
structuré sur les cinq à six prochaines années, auquel le Sénat aura à
coeur de participer, dès aujourd'hui.